Cocktail Palmtree

Prise de vue réalisée lors des AO 2019 au Bastion14 Strasbourg

métal laqué, bois, fixations – 2019


 

 

Cocktail Palmtree est une installation sculpturale de trois pics à palmier agrandis que l’on retrouve communément dans les décorations de verres, glaces etc…

Alors que l’homme devient une force géologique majeure, générant des paysages inédits et menaçant les équilibres millénaires, il conditionne désormais celle-ci en fonction de ses besoins. De ce fait, il génère des territoires où l’idée même de nature naturelle paraît abandonnée.

Pour autant, la nature naturante (c’est à dire non-anthropisée) demeure dans l’imaginaire collectif occidental comme ce qui serait souhaitable et sain. Elle demeure comme la mythologie d’une harmonie prescriptive.

La nature, c’est ce qui existe ou n’existe pas, sans hiérarchie, et l’artificiel pourrait être ce qui existait ou ce qui n’est pas là, mais qui peut exister à nouveau sous une autre forme. Quoi de plus naturel donc que de réagir à la résurgence de ce qui existait avec le sentiment qu’il s’agit d’une forme amoindrie, comme ‘contre-nature’ ?

Alors, le béton paysager existe et de nombreux exemples sont visibles à travers le monde. Un voyage récent à Hong Kong m’a amené à contempler des jardins de pierre sur lit de ciment. Alors, si les plantes en plastique existent, vous pouvez toujours prétendre les arroser !

Quoi qu’il en soit, le concept de nature n’est pas statique, et fort est à parier qu’il évolue en parallèle de l’idée d’artificielle. L’un inspirant la transcription de l’autre, un peu comme l’utilisation du sample dans la musique. Nous sommes la génération du sample de samples, échantillonnant des fragments d’une musique déjà recomposée, floutant la frontière d’une perception de ce qui était l’origine même du morceau. En recréant une montagne, recherche-t-on une montagne conforme aux différents modèles montagnards ou dépasse-t-on ces modèles pour en créer de nouveaux ?

Ainsi, Cocktail palmtree est l’échantillon d’un paysage que j’ai souvent sous les yeux. Un paysage qui a déjà muté à plusieurs reprises, changeant d’échelles, de couleurs, de matériaux, et même de compositions. Un paysage qui a fini par atterrir dans mon verre, contre toutes attentes.

Dans mon verre, j’ai un paysage exotique correspondant à la saveur commandée. De la sorte, s’alterne palmier en plastique transparent, rondelles de citron ou billes de myrtille, cube de glace ou cube lumineux ressemblant à un cube de glace, feuille de menthe ou écorce d’orange, parasol en papier recyclé aux motifs tropicaux ou encore flamant rose élastique.

Ces paysages artificiels miniatures, produits d’une mixologie brouillent subitement les valeurs d’usage et les valeurs décoratives.

La durée de vie de ce microcosme semble lui aussi reproduire les caractéristiques du modèle réduit. Rapidement, le paysage se retrouve au fond du verre, sans effervescence.

L’oeuvre transpose le verre vide dans l’espace d’exposition. Un paysage qui fonctionne donc comme une sorte de ruine à rebours : dès lors qu’il cesse d’être entretenu, ‘remué’, il s’achemine petit à petit vers la ruine et la disparition. Installées dans l’ivresse d’une fin de partie, les sculptures sont données à voir comme des paysages à réactiver.

 

 

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