LA PEAU DE CHAGRIN

Métal, Bois, mousse de polyéthylène, goudron, bitume, 6mx4,40mx2m, environ 1 tonne

Sculpture dans l’espace public à Amiens 2021,installée dans les hortillonnages avec le label de création artistique Art&jardins des Haut-De-France.

Intitulée ‘La Peau de chagrin, l’œuvre est une reconstitution d’un morceau de route, faisant un clin d’œil au projet d’infrastructure routière qui devait passer en plein cœur des hortillonnages, aujourd’hui protégés. Symbole d’une lutte écologique qui, en 1974, a réussi à faire plier un projet de rocade, la sculpture la représente finalement, 47 ans plus tard.

Le projet d’extensions de la rocade d’Amiens, porter par l’accroissement des échanges économiques était en relation direct avec une idée de croissance, dont le bien-être de la nature paraissait comme un impensé.

Aujourd’hui encore, à travers le monde, la croissance économique passe souvent avant la préservation de la nature et sa sauvegarde s’envisage comme une action perpétuelle, engagée comme garde-fou de ce que cache la modernité en son sein : une vision utilitariste de la nature, la considérant comme une ressource à exploiter.

Si les hortillages d’Amiens sont ainsi passés à côté d’un bouleversement de son milieu naturel, force est de constater qu’insidieusement, son espace s’est considérablement réduit au fur et à mesure des années, concédant 97% des 10 000 hectares d’origines au développement de la ville qui l’entoure.

‘La Peau de chagrin’ fait référence au roman Honoré de Balzac, dans lequel le protagoniste a la possibilité d’exaucer tous ces désirs, au prix de voir la taille de la pièce de cuir diminuer, et rongeant progressivement la durée de vie de son propriétaire. Satire du conflit opposant le désir et la longévité, le personnage meurt d’amertume, rongé par un dernier désir, celui de vivre encore.

L’œuvre reprend donc ce miroir concentrique comme un médium message plus ambigu qu’il n’y parait. Le morceau de rocade flottant dans l’eau est l’ironie d’un rêve de modernité non réalisée. Un symbole en iceberg d’un combat gagné et d’un autre abîmé. Sa présence comme potentiel trait d’union entre le site naturel et la ville au loin sonne comme un danger. Pourtant, dans cet échantillon de route qui dérive, comme détaché du monde, il y aurait presque le charme d’une nature morte.  Dans ces eaux trouble la sculpture est dissonante, nature morte ou projet endormi, elle formule en faisant trembler le réel par le récit ce qui aurait pu avoir lieu, ce qui est peut-être déjà là.

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