LES FRONTIERES INVISIBLES

Vidéo et son, 4’44

Les paysages électriques dans les zones rurales sont caractéristiques des marques du vaste réseau qui organise la distribution énergétique en France. Si les indices de l’organisation matérielle restent souvent en dehors du champ de perception des citadins, les villages et les zones périurbaines sont parées de l’armature logistique du pays. Le Loiret, zone de densité de production d’énergie nucléaire, déploie de ce fait une multitude de structures pour acheminer sur le territoire cette disponibilité permanente de l’énergie électrique qui conditionne nos vies.

Les pylônes chat faisant rebondir le câblage dans la campagne font débat aujourd’hui. Alors même qu’il était dans le background des affiches de campagne présidentielle de Mitterrand en 1981, cette forme de la modernité semble difficile à assumer. Éviter les risques d’accident, supprimer la pollution visuelle et sonore, les risques sur la santé ou encore permettre d’améliorer le réseau en faisant passer des câbles là ou les lignes sont impraticables, le réseau souhaite s’enterrer désormais et ne désire plus ces menhirs.

Les pylônes chat se dressent encore pour un moment dans le paysage, mais leur idée s’efface dans les esprits. Il s’efface lentement comme le chat Cheshire de Lewis Caroll, qui après avoir disparu, laisse son sourire narquois rayonné pour s’estomper progressivement.

 Quoi qu’il en soit, l’affichage technologique du système électrique veut disparaître, on enterre les lignes comme on enterre les déchets nucléaires. Google et Apple pixelisent et floutent les centrales nucléaires dans leurs applications à la demande de l’état. On comprend les causes, mais les conséquences demeurent une soustraction au monde sensible, réel et numérique, de la netteté de notre dépendance énergétique.

A partir d’une image google street view, matériel de base pour la post production d’une animation, je réalise une vue imaginaire d’un paysage électrique. La centrale floutée de Saint Laurent près de Beaugency en arrière plan fume, la nuit tombe et les pylônes s’animent, prenant les caractéristiques du chat Cheshire. Ils s’illuminent comme par enchantement, dans un panorama d’une nature sauvage. Puis dans un second temps ils disparaissent progressivement, donnant lieu à une sorte de persistance rétinienne.