MATRICES

Bois, tôle,fibre de verre, phares contrôlées par Arduino

Des autos tamponneuses sont échouées les unes contre les autres, entourées par d’autres machines à l’arrêt, dans un champ de foire ou un champ de bataille.

Leurs peintures, estampillées sur les carrosseries, les immatriculent comme des machines de guerre dans un vert militaire de soldat en plastique. Nous assistons bien à ce qui ressemble à une bataille rangée. Du moins, aux vestiges de leurs affrontements.

Des chariots, figures pourtant inoffensives, dans lesquelles se projettent plaisanteries et railleries témoignent ici d’une lutte acharnée. Les impacts sont violents. L’innocence du jeu et l’émotion des frictions, de ces va-et-vient et de ces tours de piste.

Les trajectoires sont contrôlées et puis la situation finit toujours par déraper.

Les échanges deviennent plus francs : si les machines s’évitaient, maintenant elles se prennent pour cible. Il s’agit de secouer l’autre un peu plus que l’autre nous secoue. Un jeu dangereux, il n’y a souvent que des mauvais perdants.

On ne sait jamais vraiment qui a frappé le premier, l’arène est séduisante.

Les corps absents des postes de conduite, seules traces de la stratégie dévorante mise à l’œuvre, laissent présager la fin de la partie. Lorsque l’un quitte son siège, l’autre finit invariablement par faire de même. Le temps donne raison à ce dispositif de rapport à l’autre ; d’un jeu ou d’une arme, on ne sait plus vraiment. De ces machines à émotions, il ne reste que la tôle froissée.